dimanche, 30 mars 2008
Une confession qui explique bien des choses...
X. est un gaillard de la campagne, la cinquantaine d'année ou un peu moins, un paysan dans toute sa beauté (je sais que le terme paysan est parfois péjoratif en milieu urbain... il ne l'est pas pour moi, bien au contraire, je suis convaincu que ce sont eux les "vrais vivants").
Il est "mal" depuis des années, et c'est en lui disant au-revoir à la fin d'une consultation que je pense avoir compris pourquoi il pense "qu'il ne s'en sortirait jamais".
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Une confession qui explique bien des choses...
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lundi, 03 mars 2008
Scoliose: Un dos tordu pour M. 13 ans
Scoliose: Un dos tordu pour M. 13 ans
Voici ses clichés :

Quelques explications:
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lundi, 25 février 2008
Triste fin: un homme retrouvé pendu dans un grenier

1h du matin, coup de téléphone en provenance des Sapeur-Pompiers : "Allo Dr X ? Pouvez vous venir rue XXX, c'est pour un pendu, le VSAB est parti.".
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dimanche, 10 février 2008
Une histoire de pyélo
Non, pyélo n'est pas le nom d'un sculpteur gréco-romain, c'est le petit nom qu'on donne à la pyélonéphrite, une infection urinaire qui touche les reins.
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lundi, 04 février 2008
Proche de la mort à 30 ans : la mère ou la copine ?
Encore une dramatique histoire, un jeune de moins de 30 ans, qui va mourir.
Comment répondre à sa demande et à celle de son entourage ?
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samedi, 26 janvier 2008
X. 28 ans, Drame d'une déchéance alcoolique
X. à 28 ans, mère de 2 enfants , la "vie" fait qu'elle est devenue une épave en quelques mois.
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dimanche, 13 janvier 2008
Où mettre nos vieux ?

Je ne sais pas si dans d'autres régions françaises le problème est aussi important que dans mon coin, mais la situation du placement des personnes agées en perte d'autonomie est une catastrophe.
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14:03 Publié dans Cas emmerdants, Consultation quotidienne, La Mort, Opinion | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, santé, vieux, personne agée, placement
samedi, 22 décembre 2007
Accouchement mortel : Suite
Suite des emmerdes pour S. (Cf Accouchement mortel).
Mercredi 11h50, quelques minutes avant que je reprenne mes appels (je réponds à mes patients au téléphone à partir midi, pour qu'ils puissent avoir un contact direct avec leur toubib, le secrétariat étant sensé me passer sur le portable les appels "urgents" en dehors de ces horaires, leur role de "filtre" étant une nécessité pour essayer d'éviter les interruptions permanente des consultations par des coups de téléphone à importance réduite). Je vois un message 'vive internet) : "11h45: Echec du transfert de l'appel de S. , Motif de l'appel : sort d'hospitalisation."
J'en conclus rapidement que S. a été rehospitalisé cette nuit, et qu'elle en est ressorti ce matin. Qu'elle tente de me tenir au courant.
12h05 , j'ai repris la ligne, premier appel venant de la maman de S., "Elle est pas bien, elle s'étouffe, je vous la passe".
...
J'entends cette jeune femme, haletante, souffrante, arrivant à peine à parler intelligiblement me disant "Ca va pas. J'ai mal à la poitrine comme un coup de poignard. Je m'étouffe.".
Lors de notre consultation, suite à sa sortie d'hopital 2 jours plus tôt, je lui avais expliqué , le plus clairement possible, ce qu'elle avait (la thrombose veineuse ovarienne), qu'est-ce qui lui était fait (Anticoagulation par la coumadine), pourquoi on gardait aussi les piqures d'héparine, et comment on aller lui surveiller cette "thrombose".
Je lui expliquais aussi les risques de ce qui lui arrivait, et notamment, le risque le plus grave, l'embolie pulmonaire.
Cette difficulté respiratoire, associé à cette douleur thoracique brutale, en coups de poignard, évoque la complication tant redouté.
Je lui dis que je lance les secours et que j'arrive. J'appelle le 15 (samu), explique brièvement au permanencier la situation, demande un VSAB (ambulance des pompiers) , lui donne le numéro de contre-appel (le numéro de S. , pour que le régulateur puisse entrer en contact avec elle, mais aussi pour qu'il ai l'adresse de S. directement sur son écran).
La veille, j'avais cramé le carter de ma voiture en allant sur une visite (elle m'aura couter très très cher cette visite d'ailleurs), donc impossible de me rendre sur les lieux par mes propres moyens. J'appelle la caserne des pompiers locale et leur demande de m'envoyer une VRM (véhicule rapide médicalisé) pour m'y emmener.
Je profite du temps d'attente pour que le véhicule vienne me chercher pour rappeller le 15 et parler au régulateur (le médecin qui décide des moyens à envoyer en fonction des appels). C'est une régulatrice. Elle a eu S. au téléphone, et la trouve comme moi très essouflé, à réussi à avoir quelques bribes d'informations qui lui ont fait lancer une equipe SMUR hélico. Je lui donne les infos qui lui manque. Le véhicule arrive et m'emmène chez S.
A notre arrivée, S. sur son lit, plié en 2 : elle a du mal a respirer, du mal a parler, elle se plaint du thorax , du ventre, de la cuisse et de la jambe gauche.
Le saturomètre est assez rassurant, 100% (l'oxygène sanguin est bien présent et en quantité suffisante). Tension artérielle maintenu à 130/70 , elle est tachycarde a 110. Elle a peur de mourir, sa mère me demande de lui dire qu'elle ne va pas mourir. (Je ne le lui dirais pas ainsi...).
Conditionnement avec les 4 sapeurs pompiers dans l'ambulance, je met en place une voie veineuse de bon calibre et la met sous oxygène (probablement inutile, elle est deja a 100%).
Nous l'emmenons jusqu'a la DZ (zone d'atterrissage de l'hélicoptère) qui chez nous est un simple champ... à coté de la caserne des pompiers.
L'hélico arrive, et le médecin SMUR amène un peu de matos pour qu'on y voit un peu plus clair. Il lui fait un electrocardiogramme qui ne contient pas de signe d'embolie pulmonaire massive (on appelle notamment ce signe le S1Q3).
Un proche de la famille viens me voir, et demande interrogatif "limite" agressif comment se fait il que l'hopital dans lequel elle était encore hospitalisé il y a 4 jours , la laisse partir avec un caillot aussi grave. Je lui réponds la vérité.. elle est sous traitement pour tenter d'eviter cette complication, le caillot va mettre des mois à disparaitre et le risque restera perdurera tant que le caillot sera là. Il n'est pas envisageable de garder 6 mois une maman qui vient d'accoucher dans un hopital, juste pour la surveiller au cas ou, alors qu'aucun traitement supplémentaire ne lui sera donné. Il comprend.
S. souffre toujours mais se sent un peu mieux. les constantes (saturation, tension, fréquence cardiaque) sont stables.
L'hélico repart, sur l'unité de soins intensifs d'urgence (on appelle ça, le 'déchoc' ou salle de déchocage) .
Je l'ai pris en video. Voici son envol ci dessous.Il n'y aucun reel interet a cette vidéo. La famille est autour, extrèmement inquiete (et je les comprends).
J'apprends au fur et à mesure des heures qui passent. D'abord que si embolie il y a , elle est pas massive et qu'on va lui faire un angioscanner (scanner des vaisseaux sanguins) pulmonaire. Cet examen pour une raison obscure est annulé. Probablement parceque les constantes sont "trop bonnes".
S. m'appelle le soir de sa chambre sur son portable. Elle souffre beaucoup de sa jambe et est moins essouflé. Elle pleure. Les infirmières ne lui aurait pas donné les calmants qu'on lui a promis. Je lui dit qu'elle n'a qu'a les appeller et pousser une gueulante. Elle me dit qu'on doit lui faire une echo.
Le lendemain (jeudi), elle me rappelle et m'apprend qu'on lui a trouver 3 caillots dans la jambe gauche, une "derrière le genou", l'autre sur le mollet et la dernière sur la cuisse. On lui a reprogrammé du coup l'angioscanner qui avait été annulé la veille. Ils lui ont monté l'anticoagulant , la coumadine, car elle n'est pas assez dosé, mais en meme temps, lui baisse le lovenox (un fluidifiant en piqure, beaucoup plus rapide a agir et plus simple à controler).
L'angio scanner retrouve des micro-embols, sans embolie massive (potentiellement mortelle).
Ce jour (vendredi), elle m'a appellé vers 19h, elle rentre à nouveau à la maison. On lui a bien expliquer, ce que je lui reexplique, qu'elle n'est toujours pas sorti d'affaire.
J'espère que noel va bien se passer pour elle. Je croise les doigts à nouveau, d'autant plus que je me suis octroyé une semaine de repos pour profiter de mon épouse et de mes enfants, ma dernière semaine de congès remonte à avril. Je peux pas annuler, je vais peter les plombs sinon, et ma famille va exploser.
04:20 Publié dans Cas emmerdants, Consultation quotidienne, Urgences | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : urgence, embolie, phlébite, samu, hélico, pompiers, déchoc
vendredi, 21 décembre 2007
C. 24 ans, Ataxie de friedriech
C. 24 ans, est venu me consulter au début de l'hiver 2005 (à l'age de 22 ans donc...) pour une "ampoule" du talon.
Dès que je l'ai fait rentrer dans le cabinet, sa démarche, hésitante et maladroite, presque sur la pointe des pieds indiquait qu'il y avait "un souci" ..
Elle m'indique le motif de la venue, me montre ses pieds et son"ampoule".
Elle me parle de ses antécédents, et m'annonce qu'elle a une maladie neurologique, l'ataxie de Friedriech, que probablement je ne devais pas connaître. Et elle avait tout à fait raison. Je lui demande de m'expliquer un petit peu.
"C'est une maladie orpheline. Ma sœur là, elle est sur un fauteuil roulant, beaucoup plus atteinte que moi. Ça touche le cervelet, et ca ne se soigne pas".
Je lui demande si ça la gène que je me renseigne un petit peu "en direct" sur la maladie, elle acquiesce, et Google me ramène quelques infos sommaires durant cette consultation.
Brutale est la réponse quand on la découvre... C'est mortel, habituellement en 20-30 ans, après passage par un long chemin de calvaire ( disparition progressive et inéluctable de toutes les fonctions , locomotrice et cardiologiques notamment).
J'ai l'impression que C. m'a regardé presque avec pitié et compassion (sic),quand elle a vu ma tête à la lecture de ces informations. "Ouch... pitain.Merde." (en résumé... et qu'elle a pu lire sans souci à travers mes expressions)
Penaud, et heu.. humble devant mon ignorance, je n'ai pu finir la consultation qu'avec des expressions faciales presque comiques. Elle en a, en tout cas,sourit.
Je ne l'ai revu que quelques mois plus tard, début du printemps, parce qu'elleavait besoin de remplir un formulaire "COTOREP". Au cours de cette consultation, nous avons bien plus profondément discuté de l'impact de la maladie sur sa vie.
Je la perçus et l'ai observé ainsi : Elle travaille. Elle en veut. Elle a la pèche. Elle est adorable, physiquement comme psychologiquement. Elle morfle.Elle a une démarche ébrieuse. A du mal à tenir en équilibre sans appui. Je constate les tendons et les muscles de ses jambes qui n'arrivent pas de se contracter/décontracter pour tenter de tenir l'équilibre Je constate aussi des contractures apparemment très douloureuse sur l'ensemble de son dos.Elle m'apprend que son cœur est atteint et qu'elle est sous "SECTRAL"(un bétabloquant..). Elle fait ses "crises" comme elle dit, le coeur bat à fond, si bien qu'elle en fait des angors, elle a été vue par une équipe de cardio du CHU de Marseille, son dossier complet est sur Paris.Elle a quitté Paris crois-je comprendre, pour venir travailler dans notre région. Elle a un copain, mais ce n'est pas la top-forme dans le couple, je sens du respect mutuel dans ce couple, mais une rupture probable"bientôt".
Elle me choisit comme « Médecin traitant » (arf...le principe du médecin traitant est bien, mais son application qui force un patient et un toubib à signer alors qu'ils ne se connaissent pas encore.. c'est nul. C'est un petit peu comme les mariages à l'ancienne, on ne découvre son partenaire que le jour des noces, et on fait avec... jusqu'au divorce si ca marche pas).
Je me renseigne auprès d'un de mes « spécialistes »neurologue, qui me confirme les informations trouvé sur google, et m'envoie quelques papiers sur la maladie. (Merci à lui).
Je la vois une ou deux fois, lors de ses « crises » :douleur thoracique en barre, irradiant dans les épaules et le coup (La douleur typique qui fait flipper tout les toubibs), elle marche à peine mais se présente au cabinet pour que je la vois entre 2 consultations. Je l'engueule presque, en lui disant, qu'elle me refasse jamais le coup, lui donne mon num de portable , et enregistre le sien pour ne pas la « filtrer » lors de la prochaine crise. Elle me rassure en m'indiquant, que c'est pas la première, et ce sera pas la dernière, car elle en fait plusieurs fois par semaine. Je lui tape un Electro, lui fait mesuré en urgence la troponine et les D-Dimères (je suis dans un bled qui heureusement à UN laboratoire de biologie... on peut avoir ce genre de résultat jusqu'à 18h... heu jusqu'à midi le samedi ;) ). La crise passé, (et la troponine négative...), je décide de l'envoyer à une des plus réputées clinique de la région en cardio... à la « Grande Ville » d'a coté.
« Hypertrophie ventriculaire, arythmie sinusale assez prononcé, fonction ventriculaire gauche normale, devrait faire un autre holter».
Traitement changé par les cardios en questions... sans réel succèssur le nombre de crises.. peut être un peu... mais enfin.. Rien de magique.
Je l'envoie faire une des seules choses apparemment utile à l'ataxie.. la kiné,une chouette kiné humaine, compétente et qui prend le temps de s'occuper de ses patients. C'est bon, elles ont l'air d'avoir accroché.
Je revois à maintes reprises C., essayant de lui adapter ledosage de ces médicaments par rapport à la fréquence et aux horaires des crises (elle a des effets secondaires des médicaments.. des hypotensions qui la font tomber par terre...). Je la vois aussi pour ces douleurs insoutenables du dos. Elles les supportent jusqu'à un certain point , et quand ca atteint son acmé,je lui fais de la mésothérapie qui la soulage pour quelques semaines parfois, quelques jours d'autres.
Elle est bourré de contractures, et en permanence. Je discute avec elle de l'utilisation des myorelaxants. Ce n'est pas vraiment indiqué, ca peut rendre accro, et si ca la rend accro, on aura du mal à décrocher. On décide alors ensemble de le faire. Et elle est mieux.. beaucoup mieux. Elle dort la nuit maintenant, et elle vient beaucoup moins souvent se faire piquer le dos (la mésothérapie). Elle est plus Zen. Ce qui n'a rien debien étonnant, le myorelaxant utilisé (Myolastan ou tétrazépam pour les intimes ) étant une benzodiazépine.
Au cours d'un de ses contrôles multidisciplinaires sur le centre de référenceParisien, on m'a fait savoir que cette benzo là .. ben non fallait l'arrêter.. que c'était pas bien . On m'a pas donné de solution de rechange.. et c'est avec l'accord de C. que nous avons décider dela continuer, non sans discuter des conséquences en particulier addictives de notre décision.
C. est venu prendre mon avis récemment, parcequ'un protocole allait avoir lieu durant l'hiver 2007-2008. Il semblerait qu'un médicament pourrait limiter la dégradation cardiaque, mais probablement pas la détériotation neurologique. Qu'elle serait un peu cobaille en la matière. Quelques soucis avec le médecin conseil qui ne voulait pas que la sécu paye le transport « Sud »-Paris (il avait tort en fait... la secu prend en charge le transport jusqu'au centre référent le plus proche.. et de la ou on est, tous (il y en a 3) sont aussi loins les uns que les autres.
Elle m'a écrit un mail pour me donner des nouvelles de la « Grandeville Paris » (vivi ca me plait de parler de la « grande ville », j'assume). Elle me dit dans son premier mail qu'on lui laisse tout le traitement hormis le myolastan. Je lui réponds qu'on s'en doutait un petit peu,et lui demande si c'est en raison des effets secondaires addictifs (la dépendance) ou par incompatibilité avec le traitement « miracle » ?.Elle me répond qu'elle s'excuse, mais qu'elle voulait dire , qu'il lui laissait« y compris » le myolastan ! Peut-être que j'ai pas fait une connerie en lui prescrivant alors ? Ou peut-être qu'il le lui laisse parcequ'elle est accro... (elle est tellement mieux depuis 1 an sous ce traitement... perso.. aucune hésitation, JE le prendrais)
On (heu je ne sais pas qui en fait) a tester un aménagement (fauteuil, ecran d'ordi et autres) de son poste de travail , ca l'a bien aidé. Mais il faut du pognon pour que cet aménagement persiste. Ca coince à ce niveau mais elle a espoir.
C. fait maintenant la navette entre le sud et la « grandeville », elle continue à bosser. Peut-être que je la mettrais en arret de travail , le temps qu'elle récupère, si le traitement la met à plat, le temps nous le dira.
Je lui fais de gros bisous pleins de tendresses dans ce post (non pas dans la vie réelle.. ca se fait pas cette proximité.. mais l'esprit y est). Je croise les doigts (je suis pas croyant.. je prie pas...) pour que « ca marche » et que ca se passe le mieux possible. Et je me tiens à sa disposition si je peux l'aider pour quelque chose.
Liens:
- Ataxie de Friedriechsur le site de l'asssociation francaise (Set et Match - Puck et Match)
- Ataxie de Friedriech sur wikipedia
15:30 Publié dans Cas emmerdants, Consultation quotidienne, La Mort, Les claques | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ataxie, maladie rare, consultation, généraliste
mercredi, 19 décembre 2007
Suites d'accouchement mortel
On a eu chaud…
S. à 26 ans. Je suis son médecin depuis 4 ans. Je l’avais reçu pour la première fois en urgence un soir de garde entre les 2 réveillons pour une douleur de hanche très invalidante. Je me rappelle avoir été très évasif sur le diagnostic. Evoquant tout les diagnostics possibles, qu’il m’était permis de donner avec un simple examen clinique d’un dimanche soir. (Dans la médecine générale en urgence… il y a les mains pour toucher, les oreilles pour écouter, … et le cerveau pour essayer de poser le bon diagnostic avec les informations récoltés par les deux premiers).

Les choses étaient rentrées plus ou moins dans l’ordre quelques jours après, quelques consultations après, quelques traitements symptomatiques après, et le diagnostic retenu au final fut « Lombocruralgie Gauche ? » (Le ‘ ?’.. fait partie du diagnostic).
Je l’ai suivi régulièrement pendant les années qui ont suivis, elle est toute sa famille, puisqu’elle m’a amené en consultation au fur et à mesure : son fils, son compagnon, puis ses parents, son frère, les enfants de son frère etc etc .
Il y a 1 mois environ, S. met au monde son deuxième enfant, dans la maternité du CH le plus proche.
Un joli bébé sans souci de santé apparent. Elle est venue me la présenter, sa fille, au cabinet. Ce qui nous a permis de régler quelques problèmes du post-partum, (Pauvres femmes… après avoir enduré l’accouchement qui leur défonce les organes génitaux, nombreuses sont celles qui se retrouvent, en plus, à se cogner des hémorroïdes, comme « une cerise sur le gâteau »).
Elle allait bien, un peu fatiguée (logique…) mais moins que ce que je m’attendais (elle fait partie des « sensibles » , S. .. je m’attendais à la retrouver plus que « raplapla » après cet accouchement). La petite allez bien aussi, pas de souci particulier, pas de craintes ou d’angoisses majeures non plus, ce n’est pas son premier enfant.
Elle m’apprend qu’on lui a fait un scanner à l’hôpital (… tiens ??) parce qu’elle a fait un malaise, avec des troubles visuels, mais que « tout est bon ».
Dix jours plus tard, je reçois un coup de téléphone dans l’après-midi, « J’ai de la fièvre, je suis grippé, je me sens pas bien, peut-on se voir ? ». « Oui bien sur, j’ai plus de rendez-vous de libre aujourd’hui bien entendu, mais venez ce soir sur les consultations sans rendez-vous ». « Merci. A ce soir ».
Tard le soir, vers 20h-20h30, je la vois, accompagné de son époux, sur un des canapés de ma salle d’attente. Il reste encore un ou deux patients avant elle… qui poireautent depuis 17h30 -18h. Elle a pas l’air au top… et les autres patients non plus… (il faut « ne pas être au top » pour attendre 2h30 dans une salle d’attente de toubib).
Une fois installé sur le lit d’examen, j’apprends qu’elle est pas bien, qu’elle frissonne, qu’elle a mal au ventre, à la gorge, à la cuisse, au orteils, au bras gauche, à la tète (« alouette, gentille alouette » c’est une chanson que je me chante souvent lors de certaines descriptions des symptômes de patient). Elle a plus de 40 de fièvre.
L’examen clinique est … pauvre. Elle a effectivement mal au ventre.. mais ce n’est pas majeur, ca me parait pas « chirurgical », elle vient d’accoucher mais à part quelques caillots sanguins « usuels » en post-partum, rien de bien « sale » ne s’écoule des parties intimes. Elle a aussi des brulures urinaires, mais très discrète, sans augmentation récente, les fosses lombaires (donc le rein) ne semblent pas particulièrement douloureux.
Le pharynx est un peu rouge… comme la moitié de la population locale, on est en hiver, et les épidémies sont là, et c’est pas parce qu’elle vient d’accoucher qu’elle va être épargnée.
Le poumon lorsque je l’écoute, semble « a peu près » correct, quelques petits signes de bronchites peut-être… mais rien a priori qui puisse donner 40.
J’ai bien eu quelques syndromes « grippaux » le jour même avec des 40... Mais elle, elle vient d’accoucher et je « la sens pas ».
Je discute beaucoup avec elle, de ce que je trouve, de ce que je ne trouve pas, de ce que ca pourrait être, ou ne pas être… (Telle était la question…). Elle ne tient pas à revenir à l’hôpital... moi non plus et j’aimerais le lui éviter. Mais je ne tiens pas trop à ce qu’elle reste à la maison avec un 40° qui ne descend pas sous doliprane.
Décision est prise d’appeler une ambulance et de la renvoyer sur le service d’urgence de l’hôpital dans lequel elle a accouché, étant entendu avec elle que « soit c’était ‘rien’, et je lui faisais perdre son temps de re-nouvelle maman, soit c’était grave, il n’y avait pas de juste milieu qui tenait la route ».
Je demande à la famille de me rappeler sur le portable pour me tenir au courant de l’évolution aux urgences. Ils le firent, vers minuit… « Un virus qu’ils disent, d’ailleurs elle a plus de fièvre, mais comme elle est pas bien, il la garde jusqu'à demain ». Bon… ben tant mieux pour elle, un coup de stress pour rien, je vais probablement passer pour « un con de généraliste » qui envoie à tout va aux urgences… ce n’est pas grave, il valait mieux que je me plante dans ce sens que dans l’autre.
Deux jours plus tard, la famille me rappelle, et me dit que S. est toujours à l’hôpital, parce qu’en fait « c’était une infection urinaire et qu’elle avait toujours de la fièvre, probablement une infection du rein (pyélonéphrite) ». Bon. Ben tant mieux qu’elle soit à l’hôpital alors, parce qu’une pyélonéphrite à la maison, sur une femme qui vient d’accoucher, ce n’est pas très « cool ».
Deux jours plus tard encore, la famille me rappelle, « il font un scanner du poumon car elle a eu des douleurs dans la poitrine, et qu’elle a du mal à respirer ». Hmmm, Aie, merde. Ca sent l’embolie pulmonaire ça.
J’appelle le médecin qui s’occupe d’elle sur le CH pour savoir qu’est ce qu’il pense de tout ça. Il ne sait pas trop. Le scanner est négatif, on ne voit pas d’embolie. La fièvre c’est la pyélonéphrite qui l’a donné. Mais maintenant elle a mal au dos +++ et on va lui faire un scanner des lombaires, pour chercher une spondylodiscite (une infection des vertèbres). Je lui demande s’il ne verrait pas de rapport avec le malaise qu’a fait S. au décours de son accouchement. Il n’est pas au courant, les transmissions n’ont pas étés faites, le dossier n’est pas « monté », les urgences n’ont pas « notés ça», mais il va s’intéresser à ça de très près. (Il y a des baffes qui se perdent là… et ca m’est arrivé à moi aussi d’en mériter, pour des « oublis » de ce genre… c’est la vie.. mais dans notre boulot c’est parfois aussi la mort)
Le lendemain encore, rappel du toubib, grosse surprise… lors du scanner pour voir les vertèbres lombaires.. ils ont vus… une thrombose veineuse de la veine ovarienne gauche de 10 cm de long.
Une pathologie grave. Grave et rare. Elle pouvait/pourrait en mourir. Elle a failli y passer… et nous toubibs.. on a failli y passer à coté aussi.
J’ai revu S. hier, elle est rentré à la maison, elle est.. fatiguée. Elle a un traitement nécessaire mais lourd et dangereux, de la Coumadine, un anticoagulant. Ca nécessite de lui faire des prises de sang très régulièrement pour voir si ce n’est pas « trop dosé » ou pas « assez dosé ».
Elle aura été hospitalisé 10 jours, ca l’aura obligé à cesser l’allaitement de sa petite (et elle le vit comme un drame), et elle est sous un traitement qui va durer des mois.
Elle m’a dit « Merci ». Je suis pas sur de vraiment le mériter, sans doute un peu parce que je l’ai fait partir.. mais à part ça, au fond, je n’ai pas fait grand-chose. Peu importe, je suis content de son merci, et content de l’avoir fait partir en urgence ce soir là.
Rétrospectivement.. je me dis « Ouchhhhh ». Et si je ne l’avais pas fait partir, qu’elle ai fait une grosse embolie pulmonaire et qu’elle … je n’ose imaginer la suite et ces conséquences. Probablement que comme pour le cas de l’angine un peu spéciale, je n’exercerais plus la médecine aujourd’hui.
Il y eu une suite, je la décris sur cet article
Liens :
- - Médical : Cas clinique : thrombophlébite puerpérale de la veine ovarienne révélée par une colique néphrétique sur urofrance.org
03:15 Publié dans Cas emmerdants, Consultation quotidienne, Urgences | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : grossesse, urgence, fièvre, thrombose












