dimanche, 30 mars 2008
Une confession qui explique bien des choses...
X. est un gaillard de la campagne, la cinquantaine d'année ou un peu moins, un paysan dans toute sa beauté (je sais que le terme paysan est parfois péjoratif en milieu urbain... il ne l'est pas pour moi, bien au contraire, je suis convaincu que ce sont eux les "vrais vivants").
Il est "mal" depuis des années, et c'est en lui disant au-revoir à la fin d'une consultation que je pense avoir compris pourquoi il pense "qu'il ne s'en sortirait jamais".
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Une confession qui explique bien des choses...
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lundi, 04 février 2008
Sexualité et Maladie chez M., 81 ans.
Sexe,maladie et vieillesse: Bienvenue dans les tabous.
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09:45 Publié dans Consultation quotidienne, La Mort, Psychologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, santé, sexe, sexualité, vieux, vieillesse
Proche de la mort à 30 ans : la mère ou la copine ?
Encore une dramatique histoire, un jeune de moins de 30 ans, qui va mourir.
Comment répondre à sa demande et à celle de son entourage ?
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00:41 Publié dans Cas emmerdants, La Mort, Psychologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, santé, mort, cancer, psychologie, mere
samedi, 26 janvier 2008
X. 28 ans, Drame d'une déchéance alcoolique
X. à 28 ans, mère de 2 enfants , la "vie" fait qu'elle est devenue une épave en quelques mois.
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vendredi, 25 janvier 2008
Pourquoi les couples divorcent ?
Intéressant mémoire trouvé sur le net, "Les causes des ruptures d'union" (les divorces) en France.
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00:15 Publié dans Psychologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, sociologie, divorce, mariage
vendredi, 18 janvier 2008
Un petit garçon envoyé aux urgences
Même pour une plaie qui ne semble pas être catastrophique, il est parfois nécessaire de préférer passer par un Service d'Urgence.
Notamment, si elle concerne un enfant.
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14:22 Publié dans Consultation quotidienne, Enfant, Psychologie, Urgences | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : urgence, plaie, enfant, psychologie
dimanche, 16 décembre 2007
"Madame, vous avez un cancer !"
Madame, vous avez un cancer !
J. est âgée de 61 ans, je suis « son médecin » depuis plus de 4 ans. On s’est très fréquemment vu les deux dernières années… Une dépression sévère qui ne s’est amélioré que très lentement, parsemé d’idées suicidaires, de fatigue intense, tellement intense qu’elle en était contagieuse.
Je craignais de la voir en consultation. Elle me disait, au moins 10 à 15 fois à chaque consultation, « Je suis fatigué », « Je suis fatigué », « Je suis fatigué » (Je lui en ai même donné le surnom : « Arghhh, je vois ‘JeSuisFatigué’ cette après-midi »).
J’en étais arrivé pour essayer d’enrayer son leitmotiv, à le lui dire avant qu’elle me le dise, « J. , je sais, vous êtes fatigué ». Mes tentatives ne servaient à rien…
Deux ans donc, il aura fallu deux ans pour qu’elle sorte de cet état qui tapait sur le système de tout le monde, son mari, ses enfants, les spécialistes auxquels je l’avais envoyé (psychiatres, neurologues, endocrinologues, acupuncteurs, homéopathes,…). Elle est allé voir d’autres médecins généralistes (et elle a eu raison d’essayer), qui comme moi, n’ont pas réussi à lui amener grand-chose, si bien qu’elle est revenu me voir quelques temps après.
Elle a enfin réussi à reprendre son travail. Se sent mieux. Elle ne dit plus qu’une fois ou deux par consultation qu’elle « est fatigué ».
Une récente mammographie réalisé dans le centre de radiologie d’une clinique privé de la « grande ville » voisine retrouve des images fortement suspectes de cancer du sein. Le radiologue m’appelle, m’indique qu’il est quasi sur de son diagnostic, que J. l’a plus ou moins compris, qu’il faudrait faire une ponction radioguidée pour en être sur. Je m’arrange pour recevoir J. en consultation « sur rendez-vous ».
Nous sommes en période épidémique… gastro.. pseudo-grippe, angines et les rendez-vous libres sont rares en ce moment. J’ai bien mes consultations sans-rendez vous, mais une salle d’attente rempli, « fièvreuse », impatiente et bruyante n’est pas vraiment le contexte approprié pour parler sereinement et assez longuement de ce problème. J’annule une consultation de prévu pour donner la place à J.
L’annonce d’une maladie grave n’est pas vraiment codifiée. On pourra théoriser tout ce qu’on veut, il y a des gens qui veulent savoir, d’autres qui ne veulent pas. (Cf. « 36 ans mort d’un cancer » sur LePost ). Certains veulent gérer leur maladie et le traitement, d’autres veulent que les soignants le fassent. (Cf. « Qu’est ce que le patient attend de son médecin ? » sur LePost)
Des mots sont à utiliser dans la conversation avec certains, alors qu’ils sont à bannir avec d’autres. Je me suis planté de nombreuses fois sur « l’art et la manière d’annoncer ». On ne nous apprend pas vraiment ça sur les bancs de la faculté (peut-être que ça a récemment changé ?).
Concernant J., la connaissant bien sur son fonctionnement, la chose fut relativement facile, il fallait que je prenne le temps, que je sois hyper-détaillé sur ce qu’on avait trouvé, sur ce qu’on allait probablement lui proposer. Sa frustration lors de son épisode de dépression provenait du fait que les soignants que nous sommes n’avaient pas réussi à lui expliquer logiquement sa maladie (le « c’est dans la tête » n’apparaissant pas logique pour bon nombre de patients).
Cela fut fait en environ 30 minutes.
Certains doivent bondir en me lisant : « ½ heure seulement pour quelque chose d’aussi grave ». Ils ont probablement raison. Je leur dirais juste que dans la même journée, il a fallu aussi : que j’annonce un cancer du col de l’utérus à une jeune fille de 25 ans, le passage en démence d’une dame de 80 ans à son fils pour lequel on ne pourra probablement rien faire, allez voir en visite une dame âgée de 37 kilos toute mouillée qui a une infection d’un orteil, recevoir une dizaine d’enfants pour des pathologies certes bénignes (gastro, angine,rhino) mais certaines mamans sont flippés et c’est « urgent », discuter avec un patient qui à une sciatique qui traine depuis plusieurs semaines et « qui n’en peut plus », gérer par téléphone la demande d’un patient alcoolique actuellement traité pour cancer de l’œsophage qui veut rentrer en clinique psychiatrique pour « noël », et tout le reste.

15:18 Publié dans Cas emmerdants, Consultation quotidienne, La Mort, Psychologie | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : consultation, généraliste, cancer, annonce, psychologie
jeudi, 13 décembre 2007
Mourir dignement
Hélène aurait eu 70 ans, il y a quelques jours. Elle est venue me voir la première fois en Janvier 2003, à l’âge de 66 ans, elle avait une dysphonie depuis quelques mois. Sa principale et justifiée inquiétude était l’éventualité d’un cancer ORL car elle fumait beaucoup et depuis longtemps. Je retrouvais lors de mon examen une adénopathie (un ganglion) au niveau des cervicales et décidait de l’envoyer à l’ORL pour explorer sa crainte. Il trouva une lésion bénigne d’une des cordes vocales, qu’il préleva pour faire des analyses anatomopathologiques (la recherche au microscope du cancer).
Une relation humaine s’instaura de manière forte entre elle et moi, au décours des différentes consultations. Elle venait de la région parisienne, vive, intelligente, un physique pas des plus favorables, passionnée de lecture et d’arts, tendance « gauchiste », contre les injustices et pour la liberté. Je l’invitais à manger à la maison, lui faisant faire connaissance de mon épouse, et de mes enfants. Je lui prêtais quelques bouquins médicaux, dont certains de Milton Erickson, un de mes auteurs fétiches, elle me prêta certains des siens, dont un de Martin Winckler « Touche pas à mes deux seins ».
Je l’ai vu à de maintes reprises, tantôt pour des « conneries », tantôt pour de réel mal-être, frisant la dépression.
Début 2005, au décours de l’hiver, je l’ai vu à 2 reprises pour des « infections bronchopulmonaires » assez courante chez le fumeur en hiver, mais la dernière, en mars, dura plus longtemps que prévu malgré un traitement antibiotique assez fort (Rocéphine par voie intraveineuse). Devant la persistance d’une toux matinale, qui du coup avait duré tout l’hiver, je l’envoie chez la pneumologue pour faire le point sur son état « respiratoire ». La pneumo diagnostique une BPCO (la bronchite chronique du fumeur) et propose de faire un scanner à la recherche du cancer du fumeur.
Le scanner découvre un nodule de 7mm mal placé dans le poumon gauche, difficilement accessible à la ponction, et fortement suspect. On décide de lui faire un scintigraphie pulmonaire à la recherche de plus d’arguments, la conclusion de cet examen est sans appel « Aspect scintigraphique en faveur d’une nature maligne » . C’est un cancer.
Terrible comme annonce.
On en discute ensemble pendant de longues consultations, au fur et à mesure que les examens complémentaires, et les avis des différents spécialistes, arrivent.
On s’est synchronisé (on s’est mis en phase, sur la même longueur d’ondes, Cf. Article « Qu’est ce que le patient attend de son médecin ? » sur LePost) de nombreuses fois, et avec plaisir. Elle me fait promettre à de nombreuses reprises que je ne la laisserai pas « crever » dans un « état de dégradation inhumaine », « Eric, je crains cette déchéance plus que la mort, je ne veux pas perdre ma liberté de femme digne. Je ne veux pas me chier dessus, obligeant des gens à venir me torcher les fesses. Vous ne me laisserez pas hospitaliser de force pour qu’on m’assomme avec des médicaments pour me ‘calmer’, tellement efficaces que je vous reconnaitrai à peine». C’est en résumé, et approximativement, ce qu’elle me dira pendant 2 ans.
Je lui ai toujours dis oui à ce sujet, trop de profond respect pour elle.
Elle accepta qu’on tente le traitement, me demandant de lui expliquer tout le déroulement des opérations, de ne jamais lui mentir et lui expliquer la situation. On parla aussi longuement de l’euthanasie. Du coté éthique et religieux. Du coté risque légal. Des options et modalités. Elle voulu me faire une lettre/testament, dans laquelle elle signait et datait ses souhaits. J’ai eu beau lui dire que cette lettre ne me protégerait aucunement de la Justice, si nous arrivions au point de l’acte euthanasique, elle me la remit quand même (Cf. son courrier).
Elle fut opéré, on lui enleva une partie de son poumon gauche, elle subit les chimiothérapies à contrecœur, (ces chimiothérapies sont loin d’être dénuées d’effet secondaires). Un hiver 2005-2006 , somme toute, qu’elle a passé entre l’hôpital et son domicile, dans un état général pas vraiment enviable.
Au printemps 2006, les choses se sont améliorées. Les douleurs postopératoires (importantes quand on se fait opérer d’un poumon… le chirurgien est obligé d’écarteler les côtes pour pouvoir travailler) plus ou moins calmés avec les antidouleurs de deuxième niveau.
Les consultations, outre la gestion des « bricoles » inhérent à l’état de santé dans ce contexte, tournait essentiellement sur la discussion qu’elle pouvait peut-être avoir été guéri par le traitement, ou que peut-être c’était déjà trop tard.
Cinq à Six mois après l’intervention, toujours douloureuse au niveau de son dos, à l’endroit exact de la cicatrice, ce qu’on traitait jusqu'alors comme des douleurs post-chirurgicales, je décide de la renvoyer chez le pneumologue. La conclusion fut que la douleur était d’origine post-chirurgicale, aggravé par la probable dépression d’Hélène. C’était mon impression aussi.
Je lui expliquai les conclusions du pneumologue, qui préconisait l’association d’un antidouleur « neurologique » et d’un antidépresseur. A contrecœur elle accepta ce traitement, on se donna un mois pour voir si ca avait une quelconque efficacité. Ce ne fut pas le cas, et je fis faire un autre scanner thoracique.
Mauvaise surprise, une métastase (un petit cancer qui s’est échappé) est présente juste à coté d’une vertèbre, compressant le nerf, qui était responsable de la douleur.
Je m’en suis voulu. Elle a eu l’attention de vouloir me faire croire qu’elle ne m’en voulait pas à moi, en fesant porter le chapeau à la pneumologue, qui lui avais dit que « c’était dans la tête ».
Non seulement elle n’était pas guéri, Non seulement on l’a prise pour une « psy » en lui disant que c’était dans la tête, mais en plus, le plus terrible, elle entrait dans ce qui l’a répugné le plus, la dépendance vis-à-vis des autres.
Il n’a pas fallu 3 mois, pour que le pire qu’elle puisse imaginer arrive. A noël l’année dernière, durant les jours que je m’étais attribuer (2 fois 1 semaine par an…), elle fut hospitalisé en urgence, pour paralysie des membres inférieurs. La métastase avait poussé, comprimait les nerfs de la moelle épinière.
Je l’eus une ou 2 fois au téléphone, délirante, non reconnaissable, entre la somnolence et l’agitation. Son « presque fils » m’appelant à l’aide, de la région parisienne.
On lui proposait une décompression de la vertèbre en urgence, une radiothérapie pour faire diminuer le volume de la tumeur, elle ne voulait rien de tout ça sans avoir mon avis.
Je lui expliquais qu’on avait perdu le contrôle de cette tumeur, que pour essayer d’éviter cette impotence, nous n’avions d’autres choix que d’accepter la décompression, et de discuter la radiothérapie. Elle fit les 2. Y compris la radiothérapie, car le médecin radiothérapeute a réussi lui expliquer ce qu’on en attendait, et ce qu’on en attendait pas !
Elle put rebouger ses jambes, mais ne maitrisant plus les urines, un sondage urinaire a été mis en place.
A partir de ce moment là, TOUTES les consultations avaient comme leitmotiv l’euthanasie. Elle voulait rentrer chez elle, on le fit. Elle n’en est jamais ressortie, refusant toute l’aide proposé par les infirmières.
On mit en place une équipe d’infirmières, de la kinésithérapie pour essayer de la refaire marcher au plus vite. Cinq mois supplémentaires ou nous sommes allés de déception en déception, de pire en pire, elle me demanda de tenir parole, en parla aux 3 infirmières qui s’occupaient d’elle. Les infirmières étaient partagées : « Non. Hélène à toute sa tête. De toute manière elle ne veut pas mourir sinon elle aurait fait le geste qu’elle menace de faire » (Hélène m’avait à plusieurs reprises dit, que si je ne l’aidais pas, elle se trancherait les veines, et que ce serait sanglant et pas beau à voir, et que du coup elle ne voulait pas ça), une autre des infirmières était prête à l’aider.
J’ai fait appel à une association locale « d’accompagnements en fin de vie », Hélène m’a appelé au téléphone pour me demander si je ne la prenais pas pour une imbécile, de lui avoir envoyé ces « guignols » (je cite).
La morphine par voie orale, le Skenan LP, et l’ActiSkenan qu’elle multiplia ne suffisait plus à lui calmer les douleurs de la métastase. Je lui ajoutais à sa demande, des injections de morphine par l’infirmière. Ca dura 2 mois de plus, jusqu’en juillet ou l’évolution de la maladie, associé probablement à la morphine qu’elle reçu s’est soldé par son décès.
Je l’ai accompagné jusqu’au bout, il n’y pas eu d’acte euthanasique a proprement parlé (pas d’injection létale). Je suis, je pense, « légalement » irréprochable.
Le suis-je vraiment, irréprochable, vis-à-vis d’Hélène, de ma patiente, qui m’a fait confiance jusqu’au bout ? Je ne le crois pas. Je suis amer et frustré.
Une grande pensée pour Hélène, cette inconnue oubliée de presque tous.
Hélène, je pense à vous.
Transcription de la lettre d’Hélène X. du 15 septembre 2005
« Cher Eric XXXX,
Je vous confirme les termes de nos conversations sur le sujet, à savoir que je souhaite « mourir debout ». C'est-à-dire :
· N’être aucunement dépendante de quelque manière que ce soit ;
· Ne pas être soumise à un quelconque traitement destiné à prolonger bien inutilement mon existence ;
· Enfin, bénéficier de tout traitement de la douleur, fût-ce au risque d’abréger une vie qui ne me satisfera plus.
Au cas où je serais dans l’impossibilité d’exprimer ma volonté, je compte sur vous pour faire valoir mes droits à mourir dignement et vous en remercie mille fois d’avance.
En vous souhaitant le meilleur pour vous et les vôtres, je reste votre fidèle et infiniment reconnaissante patiente.
Hélène XXXXXX
XXXXX, le 15 septembre 2005»
19:30 Publié dans Consultation quotidienne, La Mort, Opinion, Psychologie | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : mort, euthanasie, cancer, psychologie, société
mercredi, 12 décembre 2007
La mort et le médecin

Le premier contact que j’ai eu avec un mort (un « corps mort », un cadavre) fût comme pour beaucoup avec un membre de ma famille. C’était mon grand-père, j’avais 7 ou 8 ans, et on m’a emmené plus ou moins de force faire le « bisou » à pépé.
Je me souviens d’une espèce de châle qu’on lui avait mis autour de la tête, pour fermer sa bouche par laquelle s’écouler quelques sécrétions post-mortem. Je me souviens aussi d’un de mes questionnements de l’époque, pourquoi il avait « tout ses poils sur son visage », et on m’avait répondu (ce qui est vrai) qu’on l’avait rasé mais que les poils continuaient à pousser après la mort.
Le « bisou » lui-même, je ne suis pas sûr de l’avoir fait. Si je l’ai fait, je ne m’en souviens plus. On pourrait se poser la question s’il est légitime ou non, de mettre en contact un enfant avec la dépouille mortuaire d’un proche, que ce soit visuellement, ou physiquement. Je n’ai jamais profondément réfléchi sur le sujet.
Mon père médecin (qui a parlé d’atavisme ?) avait dans des Tupperwares (je les ai encore…), deux cerveaux humains récupérés du laboratoire d’anatomie du CHU le plus proche. Il avait aussi un fœtus de 3-4 mois. Ces Tupperwares m’ont toujours effrayé et attiré en même temps. Ca m’avait fait prendre pleinement et brutalement conscience de la structure de l’être humain et de l’animal, de son coté « organes » juxtaposés. Il m’a toujours été impossible de « toucher » (par crainte ou par dégout) ces cerveaux, je m’amusais en cachette à aller soulever le couvercle des boites pour regarder leur contenu, ma curiosité s’arrêtant là.
Durant les première années de médecine, les Travaux Pratiques d’anatomie m’ont mis en contact « médical » avec les morts. Imagine une dizaine d’étudiants en médecine, tous intrigué par ce qui les attends, certains sont flippés, d’autres excités, certains sont enthousiastes, d’autres encore prennent ce contact comme leur porte d’entrée dans le monde de la médecine. Une salle comportant deux rangées de tables d’examen anatomique, avec sur chacune, un mort recouvert d’un drap. Une odeur surprenante.. et unique. Pas très forte d’ailleurs, ni particulièrement dégoutante, c’est une odeur chimique de conservateur, associé à un mélange qui ressemblerait presque à l’humus des sous-bois de nos campagnes en automne.
Tous debout autour du cadavre, l’anatomiste disséquant devant nous telle ou telle partie du corps. Certains corps, avaient déjà servi précédemment, et certaines séances ne contenaient pas cet acte de dissection. L’anatomiste se contentait alors, de délicatement soulever couche après couche des zones déjà disséqués.
Il avait été proposé à ceux qui le souhaitaient, de venir après les travaux pratiques pour qu’on puisse disséquer par nous-mêmes, et c’est ainsi que j’ai passé une partie de ma formation à ce premier contact avec les cadavres.
Horrible souvenir que la première fois. Tremblant, curieux, horrifié et excité à l’idée de « toucher du cadavre ». Je devais disséquer un abdomen afin de reconnaitre les différents organes puis recoudre le tout pour me former à la suture. Une partie du cadavre avait déjà été ouverte par un interne en chirurgie qui s’entrainait, et je ne devais pas y toucher. Il n’y avait que des paires de gants en latex déjà utilisés et pas de propre de dispo. Je me suis résigné à aller nettoyer ces gants maculés… à la main. Ces gants se sont rompus lors de la dissection… les doigts recouvert de chair (la chair d’un cadavre « conditionné » est rouge-brun, type hamburger pas assez cuit). Je n’ai pas pu manger de viande pendant presque un mois après cet épisode. Par la suite, je n’ai presque jamais plus vécu cette crainte/horreur de la chair humaine morte.
Cette confrontation aux cadavres est un réel face à face avec sa propre mort. « Je ne suis donc, à terme, que ‘ca’ !? ». Une transformation de l’idée même de la mort s’opère, et continue encore aujourd’hui. Probablement jusqu'à .. ma mort ?! J
Mes contacts étroits avec la mort et les cadavres, furent par la suite lorsque je fis un « job » de « résident de garde » dans une clinique privé de cancérologie. Il faut avouer que le paiement de ces gardes était pour moi, à l’époque, extrêmement conséquent ! Ces gardes existent pour « régler » les petits problèmes de la nuit ou du week-end, pour alerter les « spécialistes » lorsqu’on est dépassé, et pour constater les décès… Et dans une clinique de cancérologie… il y a des décès tout les jours ou presque.
Parmi les dizaines et les dizaines de mort dans cette clinique, j’ai pu voir et constaté le décès d’une maman d’à peine 30 ans des suites d’un cancer ovarien. La veille, elle prenait son enfant de 2 ans dans les bras, à moitié ensuqué par les antalgiques qu’on lui donnait pour rendre supportable les douleurs immenses qu’entrainait la dissémination du cancer à l’ensemble de son corps. Une image que j’ai dans la tète depuis et qui me revient fréquemment (non j’en fais pas des cauchemars… mais je ne crois pas que je l’oublierai cette image).
Il y a eu ensuite mes confrontations aux morts violentes lorsque j’étais « assistant des hôpitaux » au SAMU, aux Urgences ou à la régulation (le 15). C’est violent le SAMU. Très violent. On t’envoie sur des gars qui se sont pendus mais encore vivant (l’horreur… des légumes… la plupart du temps), des gars la gueule à moitié arraché par un coup de fusil, des couples cramés par un feu dans leur baraque, des gamins noyés, des arrêts cardiaques, des accidents de la route avec des visuels « gores » qui te marque à vie. J’ai toujours des images très nette de certains accidents, tel ce jeune, qui dans une course de voiture sauvage avec un copain, s’est pris un platane, tête pris en étau entre l’arbre et la tôle, vidé de son cerveau, tout les os en miettes , un visage « plat » écrasé de la taille d’un écran 19 pouces . Ou encore de ce jeune couple, coincé dans cette voiture retourné, je m’occupais de la fille, un collègue du gars. Les 2 étaient vivant au début.. à la fin il n’en restait qu’un.. 2 heures de désincarcération avait été nécessaire. Les exemples sont malheureusement trop nombreux. C’est une des raisons, entre autres, qui m’ont fait quitter l’hôpital.
Quand je me suis installé en médecine générale, de par ma formation samu/urgences, il me semblait logique de mettre à disposition ces compétences dans le cadre des « sapeur-pompiers » à la population locale, et c’est ainsi que je suis encore confronté à ce « genre » de mort violente, toujours aujourd’hui.
En dehors de ce contexte « pompiers », je n’ai plus que très peu de rapports avec les cadavres, (je m’en porte pas plus mal…), quelques fois la gendarmerie me réquisitionne pour aller prélever du sang sur des « cadavres découvert sur la voie publique ».
Je suis confronté par contre dans cette fonction, à l’agonie et à l’accompagnement des mes patients. C’est j’en suis aujourd’hui sur… bien pire à supporter.
Remarques :
- Il est intéressant de remarquer qu’on parle de « cadavre » pour l’homme ou l’animal familier, et de « charogne » pour les animaux sauvages. Ca fait un effet « bœuf » de s’imaginer parler de « charogne » au sujet du corps humain - tente le coup ! - . Annihilant d’un coup toute l’individualité et toute l’âme qui habitait ce « cadavre ».
03:29 Publié dans La Mort, Opinion, Psychologie, Urgences | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pompiers, samu, mort, suicide, médecine, généraliste, médecin
mardi, 11 décembre 2007
Le malade, la maladie et la médecine
J'ai été formé, en tant que médecin, à apporter mes soins à des patients dans le but de les soulager ou de les garder en vie le plus "longtemps" possible en m'occupant de l'amélioration de leur état de santé. Il faudrait d’abord qu’on se mette d’accord sur ce que qu’implique cette logique.
Ne serait-ce que dans cette notion qui pourtant parait simple, il y a matière à discuter.
Qu'est ce que le patient attend de la médecine ? Une guérison diront les simplistes. Une amélioration de l’état de santé diront les plus prudents. Du moins en occident. Car en médecine chinoise, les patients attendent plutôt le maintien de « l’équilibre de leur énergie interne » (Tchi ou Qi).
Qu’est ce que la maladie pour le malade ? Quand est-ce qu’il se perçoit comme atteint d’une maladie ? Quel rôle joue-t-il dans l’équilibre de son état de santé, sur l’apparition ou la disparition d’une maladie ?
Dans le bouquin "L'amour, La médecine et les miracles" , 'Bernie Siegel' un chirurgien-oncologue américain, enseignant à l'Université de Yale relate l'impact de "la façon de penser" du patient sur le déroulement, l'évolution et l'issue des maladies dont il est victime. Ce bouquin est principalement orienté sur des maladies graves et fatales (Cancer, Sida, ...). Peut être intéressant à lire, si vous ne l'avez déjà fait (c'est un best-seller mondial), notamment pour en apprendre un peu sur les conséquences de la façon dont vous abordez les maladies graves pour vos proches ou vous-même.
La "façon de penser" induit aussi une modification de comment est perçu la maladie: son vécu, son ressenti, le degré de douleur, l'adaptation à l'handicap (qui est "limitation d'une fonction" que "normalement" on doit avoir). Sur soi mais aussi sur les autres.
En pratique, j'ai des mamans qui m'amènent leur petits 10 jours après le début des symptômes en me disant "je vous consulte parceque ca commence à trainer..." et d'autres qui me l'amène en urgence au petit matin, parceque le petit "à le nez plein depuis le petit déjeuner" (.. et certaines appellent même le 15 dans la nuit pour ça... demander aux gars du 15). Pour ces petits pour une même maladie (le rhume) , et les mêmes symptômes, un comportement "maternel" (c'est plus souvent les mamans qui amènent leur enfant chez le toubib, quoiqu'on en dise...) radicalement différent. Ca ne veut en rien dire qu'une des mères aime plus ou moins son enfant que l'autre, ou s’en occupent mieux ou moins bien, elles ont juste une conception bien différente de la maladie et sa prise en charge.
De même, pour les maladies fatales, les comportements sont extrêmement différent pour les uns et les autres, état d'abandon fataliste (le patient "lâche") pour certains, esprits hyper combatifs pour d'autres, dans un déni complet pour d'autres encore.
'Sieger' a constaté que les patients qui survivaient dans les meilleurs conditions, (moins d'effets secondaires de médicaments "toxique", guérison miracle, augmentation de la durée de vie "attendu par les médecins" dans le contexte de la maladie) étaient ceux qui répondaient de manière spontanée, et affirmative à la question suivante:
"Est ce que vous aimeriez vivre jusqu'a 100 ans ?"
Chez les autres on pouvait retrouver des "Ohh non !!!" ou des "Ca dépend, si..et si.. et si...".
Au sujet des chimiothérapies, il raconte que les enfants s’imaginant les « perfusions » comme « une armée de soldat » venant tuer la maladie (ou autres métaphores qu’on pourrait taxer de naïves), avaient moins d’effets secondaires et de douleurs, vivant ainsi mieux ces épisodes thérapeutiques traumatisant. Il raconte aussi la longue liste des effets secondaires les plus terribles rapportés par les patients pour lequel la chimio apparaissait comme de « l’acide pur » injecté dans « mes veines ».
Henri Laborit, biologiste et philosophe du comportement humain et animal, nous montre (et démontre) aussi l'inverse, c'est à dire comment le cerveau arrive induire de réelles maladies organiques , les maladies psychosomatiques (Cf. le film de Resnais, Mon Oncle d'Amérique avec Gérard Depardieu ).
Le même phénomène apparait pour les pathologies courantes. Une angine, une rhino, un cancer, un infarctus, un mal de dos, une entorse, un accident de voiture, une insomnie seront perçus plus ou moins violemment, indépendamment de l’intensité de l’atteinte des organes ou fonctions touchés.
C’est une des raisons principales, à mon avis, expliquant que l’écoute du patient et les explications sur la maladie sont primordiaux (leur pertinence n’étant pas, l’élément le plus important): Je pense qu’a partir du moment ou le patient sait que le médecin à compris « sa maladie unique» (son angine… son ampoule du pied ou son cancer du colon), qu’il est « en phase » avec lui, « synchronisé », l’évolution et le ressenti de la maladie se déroulent du mieux possible.
J’essai de me « synchroniser » le plus souvent possible avec mes patients. Cà m’est relativement facile avec les enfants, si bien que j’ai une bonne réputation pour les enfants. Certaines mamans sont parfois époustouflés de voir leur gamin, (de quelques mois à 5-6 ans, les plus difficiles), jouer avec moi en fin de consultation, la risette au coin de lèvres alors que la plupart des « autres consultations avec d’autres médecins» s’étaient passé dans les cris et les pleurs. C’est paradoxal, car je n’aime pas particulièrement soigner les enfants (notamment les plus petits). Ils disent que dalle pour nous aider les schtroumpfs, impossible ou presque de les examiner « correctement ». En plus faut gérer non seulement le stress du petit, mais aussi celui de là maman… Et c’est pas du gâteau tout les jours, bien au contraire.
Le manque de temps, (ca mériterait un post ce problème de temps en médecine… c’est un problème délicat et important) fait qu’il ne m’est pas possible de me « synchroniser » sur l’ensemble des patients qui viennent me consulter.
Il y a aussi certains patients pour lequel je ne veux pas ou je ne peux pas me synchroniser. J’ai un pédophile dans ma clientèle.. il m’a fallu des mois pour l’examiner « comme un patient normal ». (Je m’autoflagelle… c’est pas bien). Je n’ai jamais réellement réussi à me mettre en « phase » avec lui. Et je crois que je ne le désire pas. Il serait probablement mieux traité et compris « ailleurs ». Mais dans mon bled, le même accueil, voire pire, lui serait réservé. J’ai donc décidé (après réflexion…) de le garder. Il y a aussi cette jeune femme, autoritaire, qui terrorise ses employés, qui mériterait presque d’être dénoncé aux prud’hommes. Je ne soigne pas ses employés.. je la soigne à elle et il est hors de question que je dénonce une de mes patientes. Et en plus elle ne m’est pas sympathique. Je ne sais pas pourquoi elle me « garde » comme médecin traitant. Pas de synchronisation possible avec elle.. Même si je fais au mieux, je ne serai jamais au « top » de la prise en charge d’une quelconque de ses maladies.
C’est bien sur dans les 2 sens.
01:10 Publié dans Consultation quotidienne, Opinion, Psychologie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : psychologie, généraliste, consultation, maladie, psychosomatique, influence, comportement










