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lundi, 04 février 2008

Proche de la mort à 30 ans : la mère ou la copine ?

Encore une dramatique histoire, un jeune de moins de 30 ans, qui va mourir.

Comment répondre à sa demande et à celle de son entourage ?

 

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samedi, 19 janvier 2008

Je viens de serrer la main de celui qui est mort 6 fois

Il arrive parfois qu'on fasse repartir des coeurs qui se sont arrettés, c'est toujours une expérience très vive.

J'ai vu ce vendredi en visite un de mes patients qui est mort 6 fois en moins de 24 heures.

 

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jeudi, 13 décembre 2007

Mourir dignement

Hélène aurait eu 70 ans, il y a quelques jours. Elle est venue me voir la première fois en Janvier 2003, à l’âge de 66 ans, elle avait une dysphonie depuis quelques mois. Sa principale et justifiée inquiétude était l’éventualité d’un cancer ORL car elle fumait beaucoup et depuis longtemps. Je retrouvais  lors de mon examen une adénopathie (un ganglion) au niveau des cervicales et décidait de l’envoyer à l’ORL pour explorer sa crainte. Il trouva une lésion bénigne d’une des cordes vocales, qu’il préleva pour faire des analyses anatomopathologiques (la recherche au microscope du cancer).

Une relation humaine s’instaura de manière forte entre elle et moi, au décours des différentes consultations. Elle venait de la région parisienne, vive, intelligente, un physique pas des plus favorables, passionnée de lecture et d’arts, tendance « gauchiste », contre les injustices et pour la liberté. Je l’invitais à manger à la maison, lui faisant faire connaissance de mon épouse, et de mes enfants. Je lui prêtais quelques bouquins médicaux, dont certains de Milton Erickson, un de mes auteurs fétiches, elle me prêta certains des siens, dont un de Martin Winckler « Touche pas à mes deux seins ».

Je l’ai vu à de maintes reprises, tantôt pour des « conneries », tantôt pour de réel mal-être, frisant la dépression.

Début 2005, au décours de l’hiver, je l’ai vu à 2 reprises pour des « infections bronchopulmonaires » assez courante chez le fumeur en hiver, mais la dernière, en mars, dura plus longtemps que prévu malgré un traitement antibiotique assez fort (Rocéphine par voie intraveineuse). Devant la persistance d’une toux matinale, qui du coup avait duré tout l’hiver, je l’envoie chez la pneumologue pour faire le point sur son état « respiratoire ».  La pneumo diagnostique une BPCO (la bronchite chronique du fumeur) et propose de faire un scanner à la recherche du cancer du fumeur.

Le scanner découvre un nodule de 7mm mal placé dans le poumon gauche, difficilement accessible à la ponction, et fortement suspect. On décide de lui faire un scintigraphie pulmonaire à la recherche de plus d’arguments, la conclusion de cet examen est sans appel « Aspect scintigraphique en faveur d’une nature maligne » . C’est un cancer.

Terrible comme annonce.

On en discute ensemble pendant de longues consultations, au fur et à mesure que les examens complémentaires, et les avis des différents spécialistes, arrivent.

On s’est synchronisé (on s’est mis en phase, sur la même longueur d’ondes, Cf. Article « Qu’est ce que le patient attend de son médecin ? » sur LePost) de nombreuses fois, et avec plaisir. Elle me fait promettre à de nombreuses reprises que je ne la laisserai pas « crever » dans un « état de dégradation inhumaine », « Eric, je crains cette déchéance plus que la mort, je ne veux pas perdre ma liberté de femme digne. Je ne veux pas me chier dessus, obligeant des gens à venir me torcher les fesses. Vous ne me laisserez pas hospitaliser de force pour qu’on m’assomme avec des médicaments pour me  ‘calmer’, tellement efficaces que je vous reconnaitrai à peine». C’est en résumé, et approximativement, ce qu’elle me dira pendant 2 ans.

Je lui ai toujours dis oui à ce sujet, trop de profond respect pour elle.

Elle accepta qu’on tente le traitement, me demandant de lui expliquer tout le déroulement des opérations,  de ne jamais lui mentir et lui expliquer la situation. On parla aussi longuement de l’euthanasie. Du coté éthique et religieux. Du coté risque légal. Des options et modalités. Elle voulu me faire une lettre/testament, dans laquelle elle signait et datait ses souhaits. J’ai eu beau lui dire que cette lettre ne me protégerait aucunement de la Justice, si nous arrivions au point de l’acte euthanasique, elle me la remit quand même (Cf. son courrier).

Elle fut opéré, on lui enleva une partie de son poumon gauche, elle subit les chimiothérapies à contrecœur, (ces chimiothérapies sont loin d’être dénuées d’effet secondaires). Un hiver 2005-2006 , somme toute,  qu’elle a passé entre l’hôpital et son domicile, dans un état général pas vraiment enviable.

Au printemps 2006, les choses se sont améliorées. Les douleurs postopératoires (importantes quand on se fait opérer d’un poumon… le chirurgien est obligé d’écarteler les côtes pour pouvoir travailler) plus ou moins calmés avec les antidouleurs de deuxième niveau.

Les consultations, outre la gestion des « bricoles » inhérent à l’état de santé dans ce contexte,  tournait essentiellement sur la discussion qu’elle pouvait peut-être avoir été guéri par le traitement, ou que peut-être c’était déjà trop tard.

Cinq à Six mois après l’intervention, toujours douloureuse au niveau de son dos, à l’endroit exact de la cicatrice, ce qu’on traitait jusqu'alors comme des douleurs post-chirurgicales, je décide de la renvoyer chez le pneumologue. La conclusion fut que la douleur était d’origine post-chirurgicale, aggravé par la probable dépression d’Hélène. C’était mon impression aussi.

Je lui expliquai les conclusions du pneumologue, qui préconisait l’association d’un antidouleur « neurologique » et d’un antidépresseur. A contrecœur elle accepta ce traitement, on se donna un mois pour voir si ca avait une quelconque efficacité.  Ce ne fut pas le cas, et je fis faire un autre scanner thoracique.

Mauvaise surprise, une métastase (un petit cancer qui s’est échappé) est présente juste à coté d’une vertèbre, compressant le nerf, qui était responsable de la douleur.

Je m’en suis voulu. Elle a eu l’attention de vouloir me faire croire qu’elle ne m’en voulait pas à moi, en fesant porter le chapeau à la pneumologue, qui lui avais dit que « c’était dans la tête ».

Non seulement elle n’était pas guéri, Non seulement on l’a prise pour une « psy » en lui disant que c’était dans la tête, mais en plus, le plus terrible, elle entrait dans ce qui l’a répugné le plus, la dépendance vis-à-vis des autres.

Il n’a pas fallu 3 mois, pour que le pire qu’elle puisse imaginer arrive. A noël l’année dernière, durant les jours que je m’étais attribuer (2 fois 1 semaine par an…), elle fut hospitalisé en urgence, pour paralysie des membres inférieurs. La métastase avait poussé, comprimait les nerfs de la moelle épinière.

Je l’eus une ou 2 fois au téléphone, délirante, non reconnaissable, entre la somnolence et l’agitation. Son « presque fils » m’appelant à l’aide,  de la région parisienne.

On lui proposait une décompression de la vertèbre en urgence, une radiothérapie pour faire diminuer le volume de la tumeur, elle ne voulait rien de tout ça sans avoir mon avis.

Je lui expliquais qu’on avait perdu le contrôle de cette tumeur, que pour essayer d’éviter cette impotence, nous n’avions d’autres choix que d’accepter la décompression, et de discuter la radiothérapie.  Elle fit les 2. Y compris la radiothérapie, car le médecin radiothérapeute a réussi lui expliquer ce qu’on en attendait, et ce qu’on en attendait pas !

Elle put rebouger ses jambes, mais ne maitrisant plus les urines, un sondage urinaire a été mis en place.

A partir de ce moment là, TOUTES les consultations avaient comme leitmotiv l’euthanasie. Elle voulait rentrer chez elle, on le fit.  Elle n’en est jamais ressortie, refusant toute l’aide proposé par les infirmières.

On mit en place une équipe d’infirmières, de la kinésithérapie pour essayer de la refaire marcher au plus vite. Cinq mois supplémentaires ou nous sommes allés de déception en déception, de pire en pire, elle me demanda de tenir parole, en parla aux 3 infirmières qui s’occupaient d’elle. Les infirmières étaient partagées : « Non. Hélène à toute sa tête. De toute manière elle ne veut pas mourir sinon elle aurait fait le geste qu’elle menace de faire » (Hélène m’avait à plusieurs reprises dit, que si je ne l’aidais pas, elle se trancherait les veines, et que ce serait sanglant et pas beau à voir, et que du coup elle ne voulait pas ça), une autre des infirmières était prête à l’aider.

J’ai fait appel à une association locale « d’accompagnements en fin de vie », Hélène m’a appelé au téléphone  pour me demander si je ne la prenais pas pour une imbécile, de lui avoir envoyé ces « guignols » (je cite).  

La morphine par voie orale, le Skenan LP, et l’ActiSkenan qu’elle multiplia ne suffisait plus à lui calmer les douleurs de la métastase.  Je lui ajoutais à sa demande, des injections de morphine par l’infirmière. Ca dura 2 mois de plus, jusqu’en juillet ou l’évolution de la maladie, associé probablement à la morphine qu’elle reçu s’est soldé par son décès.

 

Je l’ai accompagné jusqu’au bout, il n’y pas eu d’acte euthanasique a proprement parlé (pas d’injection létale).  Je suis, je pense, « légalement » irréprochable.

Le suis-je vraiment, irréprochable,  vis-à-vis d’Hélène, de ma patiente, qui m’a fait confiance jusqu’au bout ? Je ne le crois pas. Je suis amer et frustré.

Une grande pensée pour Hélène, cette inconnue oubliée de presque tous.

Hélène, je pense à vous.

Transcription de la lettre d’Hélène X. du 15 septembre 2005

« Cher Eric XXXX, 

Je vous confirme les termes de nos conversations sur le sujet, à savoir que je souhaite « mourir debout ». C'est-à-dire :

·         N’être aucunement dépendante de quelque manière que ce soit ;

·         Ne pas être soumise à un quelconque traitement destiné à prolonger bien inutilement mon existence ;

·         Enfin, bénéficier de tout traitement de la douleur, fût-ce au risque d’abréger une vie qui ne me satisfera plus.

Au cas où je serais dans l’impossibilité d’exprimer ma volonté, je compte sur vous pour faire valoir mes droits à mourir dignement et vous en remercie mille fois d’avance.

En vous souhaitant le meilleur pour vous et les vôtres, je reste votre fidèle et infiniment reconnaissante patiente.

Hélène XXXXXX

XXXXX, le 15 septembre 2005»

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mercredi, 12 décembre 2007

La mort et le médecin

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Le premier contact que j’ai eu avec un mort (un « corps mort », un cadavre) fût comme pour beaucoup avec un membre de ma famille. C’était mon grand-père, j’avais 7 ou 8 ans, et on m’a emmené plus ou moins de force faire le « bisou » à pépé.

Je me souviens d’une espèce de châle qu’on lui avait mis autour de la tête, pour fermer sa bouche par laquelle s’écouler quelques sécrétions post-mortem. Je me souviens aussi d’un de mes questionnements de l’époque, pourquoi il avait « tout ses poils sur son visage », et on m’avait répondu (ce qui est vrai) qu’on l’avait rasé mais que les poils continuaient à pousser après la mort.

Le « bisou » lui-même, je ne suis pas sûr de l’avoir fait. Si je l’ai fait, je ne m’en souviens plus. On pourrait se poser la question s’il est légitime ou non, de mettre en contact un enfant avec la dépouille mortuaire d’un proche, que ce soit visuellement, ou physiquement. Je n’ai jamais profondément réfléchi sur le sujet.

d27c26a4493eda168513363043997820.jpgMon père médecin (qui a parlé d’atavisme ?) avait dans des Tupperwares (je les ai encore…), deux cerveaux humains récupérés du laboratoire d’anatomie du CHU le plus proche. Il avait aussi un fœtus de 3-4 mois. Ces Tupperwares m’ont toujours effrayé et attiré en même temps.  Ca m’avait fait prendre pleinement et brutalement conscience de la structure de l’être humain et de l’animal, de son coté « organes » juxtaposés. Il m’a toujours été impossible de « toucher » (par crainte ou par dégout) ces cerveaux, je m’amusais en cachette à aller soulever le couvercle des boites pour regarder leur contenu, ma curiosité s’arrêtant là.

Durant les  première années  de médecine, les Travaux Pratiques d’anatomie m’ont mis en contact « médical » avec les morts. Imagine une dizaine d’étudiants en médecine, tous intrigué par ce qui les attends, certains sont flippés, d’autres excités,  certains sont enthousiastes, d’autres encore prennent ce contact comme leur porte d’entrée dans le monde de la médecine. Une salle comportant deux rangées de tables d’examen anatomique, avec sur chacune, un mort recouvert d’un drap. Une odeur surprenante.. et unique. Pas très forte d’ailleurs, ni particulièrement dégoutante, c’est une odeur chimique de conservateur, associé à un mélange qui ressemblerait presque à l’humus des sous-bois de nos campagnes en automne.

c884acec55e37f755a579db8fb9fa7ae.jpgTous debout autour du cadavre, l’anatomiste disséquant devant nous telle ou telle partie du corps.  Certains corps, avaient déjà servi précédemment, et certaines séances ne contenaient pas cet acte de dissection. L’anatomiste se contentait alors, de délicatement soulever couche après couche des zones déjà disséqués.

Il avait été proposé à ceux qui le souhaitaient, de venir après les travaux pratiques pour qu’on puisse disséquer par nous-mêmes, et c’est ainsi que j’ai passé une partie de ma formation à ce premier contact avec les cadavres.

Horrible souvenir que la première fois. Tremblant, curieux, horrifié et excité à l’idée de « toucher du cadavre ». Je devais disséquer un abdomen afin de reconnaitre les différents organes puis recoudre le tout pour me former à la suture. Une partie du cadavre avait déjà été ouverte par un interne en chirurgie qui s’entrainait, et je ne devais pas y toucher. Il n’y avait que des paires de gants en latex déjà utilisés et pas de propre de dispo. Je me suis résigné à aller nettoyer ces gants maculés… à la main. Ces gants se sont rompus lors de la dissection… les doigts recouvert de chair (la chair d’un cadavre « conditionné » est rouge-brun, type hamburger pas assez cuit). Je n’ai pas pu manger de viande pendant presque un mois après cet épisode. Par la suite, je n’ai presque jamais plus vécu cette crainte/horreur de la chair humaine morte. 

Cette confrontation aux cadavres est un réel face à face avec sa propre mort. « Je ne suis donc, à terme, que ‘ca’ !? ». Une transformation de l’idée même de la mort s’opère, et continue encore aujourd’hui. Probablement jusqu'à .. ma mort ?! J

Mes contacts étroits avec la mort et les cadavres, furent par la suite lorsque je fis un « job » de « résident de garde » dans une clinique privé de cancérologie. Il faut avouer que le paiement de ces gardes était pour moi, à l’époque, extrêmement conséquent ! Ces gardes existent pour « régler » les petits problèmes de la nuit ou du week-end,  pour alerter les « spécialistes » lorsqu’on est dépassé, et pour constater les décès… Et dans une clinique de cancérologie… il y a des décès tout les jours ou presque.

Parmi les dizaines et les dizaines de mort dans cette clinique, j’ai pu voir et constaté le décès d’une maman d’à peine 30 ans des suites d’un cancer ovarien.  La veille, elle prenait son enfant de 2 ans dans les bras, à moitié ensuqué par les antalgiques qu’on lui donnait pour rendre supportable les douleurs immenses qu’entrainait la dissémination du cancer à l’ensemble de son corps. Une image que j’ai dans la tète depuis et qui me revient fréquemment (non j’en fais pas des cauchemars… mais je ne crois pas que je l’oublierai cette image).

6c0edd1455690807b52feff85b993511.jpgIl y a eu ensuite mes confrontations aux morts violentes lorsque j’étais « assistant des hôpitaux » au SAMU, aux Urgences ou à la régulation (le 15). C’est violent le SAMU. Très violent. On t’envoie sur des gars qui se sont pendus mais encore vivant (l’horreur… des légumes… la plupart du temps), des gars la gueule à moitié arraché par un coup de fusil, des couples cramés par un feu dans leur baraque, des gamins noyés, des arrêts cardiaques, des accidents de la route avec des visuels « gores » qui te marque à vie. J’ai toujours des images très nette de certains accidents, tel ce jeune, qui dans une course de voiture sauvage avec un copain, s’est pris un platane, tête pris en étau entre l’arbre et la tôle, vidé de son cerveau, tout les os en miettes , un visage « plat » écrasé de la taille d’un écran 19 pouces .  Ou encore de ce jeune couple, coincé dans cette voiture retourné, je m’occupais de la fille, un collègue du gars. Les 2 étaient vivant au début.. à la fin il n’en restait qu’un.. 2 heures de désincarcération avait été nécessaire.  Les exemples sont malheureusement trop nombreux. C’est une des raisons, entre autres, qui m’ont fait quitter l’hôpital.

7f052cceb5991d926aff1da99e7d8800.jpegQuand je me suis installé en médecine générale, de par ma formation samu/urgences, il me semblait logique de mettre à disposition ces compétences dans le cadre des « sapeur-pompiers » à la population locale, et c’est ainsi que je suis encore confronté à ce « genre » de mort violente, toujours aujourd’hui.

En dehors de ce contexte « pompiers », je n’ai plus que très peu de rapports avec les cadavres, (je m’en porte pas plus mal…), quelques fois la gendarmerie me réquisitionne pour aller prélever du sang sur des « cadavres découvert sur la voie publique ».

Je suis confronté par contre dans cette fonction, à l’agonie et à l’accompagnement des mes patients. C’est j’en suis aujourd’hui sur… bien pire à supporter.

Remarques :

-          Il est intéressant de remarquer qu’on parle de « cadavre » pour l’homme ou l’animal familier, et de « charogne » pour les animaux sauvages. Ca fait un effet « bœuf » de s’imaginer parler de « charogne » au sujet du corps humain - tente le coup ! - . Annihilant d’un coup toute l’individualité et toute l’âme qui habitait ce « cadavre ».

 

jeudi, 15 novembre 2007

Secret Médical: Tout condamné à mort aura la tête tranchée

Secret médical , en médecine générale, le sujet me laisse perplexe.

 L'article L1110-4 du Code de la santé publique dispose: «  Toute personne prise en charge par un professionnel, un établissement, un réseau de santé ou tout autre organisme participant à la prévention et aux soins a droit au respect de sa vie privée et du secret des informations la concernant. » (Le texte prévoit des dérogations, la communication d'informations à des proches, et la possibilité d'échange d'informations entre professionnels de santé.)

Dans une "petite ville" ou au sein même d'un quartier, nombreux sont les patients qui dans une "clientèle" se connaissent, ou ont une connaissance en commun. (Collègues de travail, même classe, même club de gym... ?).

Le respect strict de cet article impose qu'on ne puisse parler de personne avec personne.

Un des pompiers de mon bled,avec lequel je travaille dans le cadre de mes fonctions de médecin SP, mais qui n'est pas un de mes patients habituels ,  m'a amené cette après midi un de ses collègues pour un accident, retour de manivelle sur un pouce, qui a déchiré une partie de sa pulpe.

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dimanche, 11 novembre 2007

36 ans et mort d'un cancer

medium_Kidneys_from_behind.jpgPremière partie

Je n'ai pas posté de nouvelles pendant un peu plus d'un mois, franchement perturbé par la mort d'un de mes patients.

J. agé de 36 ans, est mort en octobre après une longue maladie. Cette longue maladie c'est un cancer du rein.

J. est un patient que je connais depuis l'enfance, on a pratiquement le même age, mes parents louaient la maison dans laquelle j'habitais jusqu'à l'âge de 12-13 ans, à ses parents. Ils habitaient juste à coté, et il arrivait joue ensemble. (C'était pas vraiment un ami d'enfance, on avait 2 ans d'écart... ce qui pour l'âge était trop "grand" pour être "ami d'enfance").


 Il m'avait fait l'honneur quand je me suis installé dans mon village , d'être , avec sa famille, parmi mes premiers clients.

Il y a 2 ans, en février ou mars, il était venu me consulter pour une hématurie associé à des douleurs dans les fosses lombaires. L'examen à l'époque n'avait d'ailleurs montré qu'une sensibilité d'une des fosses lombaires.

Les douleurs lombaires de ce type , avec hématurie , chez un sujet jeune, sont habituellement des colique néphrétiques (des "calculs dans les reins") ou des infections urinaires. Je lui fait donc faire un ECBU (analyse d'urine) et une échographie rénale, tout en ayant mis en route un traitement.

 

Les résultats furent... 

 

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samedi, 29 septembre 2007

Surprise, Surprise

Cet après-midi, j'ai reçu un coup de téléphone, d'un de mes psychiatres habituels d'une clinique privé. Il tenait à me tenir au courant de quelques patients, ce qu'il fit.

En fin de conversation, il me dit, "A propos c'est toi qui suit E. x.?", "Oui.. mais d'où tu la connais ?", "Elle vient de nous être transféré du CHU, elle est passé à l'acte il y a 2 jours".

 

Mme E. la soixantaine bien tapé, est une de mes patients habituelles. Elle a eu un cancer du sein il y a 2-3 ans, elle s'en est bien sorti puisqu'elle est actuellement en rémission ("Presque guéri", pourrions nous dire...). je l'ai vu il y a quinze jours à peine, pour un renouvellement "standart" de médicaments (elle est diabétique aussi). Elle était très bien ! Et bien, il semblerait que je me sois bien fait berné, puisque moins de 15 jours après, elle fait une tentative de suicide, en laissant un courrier contenant des phrases telle que "Puisque je ne sers à rien et à personne...".

J'en suis, à nouveau tout retourné, il s'agit d'une patiente, avec qui habituellement, la communication passe bien. Elle a son caractère (... et j'ai le mien).. et même quand on s'envoie bouler l'un, l'autre, c'est toujours avec respect.

Je n'ai absolument rien vu venir, et j'ai beau essayer de me rappeler de signes avant-coureurs, de plaintes que j'aurai pu minimisé ou ne pas explorer.. et rien , ... je n'ai rien vu , rien compris.

Elle est sorti d'affaire sur le plan "vital" puisqu'elle est en clinique "psy"... mais que va t il en être au niveau psy. Et si je suis passé à coté cette fois ci , qu'est ce qui me dit que je n'y passerai pas à coté , la fois prochaine.

ARffffffff.

 

dimanche, 23 septembre 2007

Une mamie de 99 ans

Toujours de garde pour ce week-end, le samu m'appelle pour E. , dame de 99 ans, qui vomit depuis 3 heures.medium_427px-Hannah_Stilley_Gorby.jpg

La régulatrice (médecin au samu qui décide de la réaction et des moyens à entreprendre pour le cas qui lui est soumis) me dit en substance : "Il faudra l'hospitaliser. Elle a 99 ans. Mais on aimerait bien que vous alliez voir comment elle est.."

Mes premières pensées... "99 ans... qui vomit.. effectivement à part l'hospitaliser ou la laisser mourir... y a pas beaucoup de solutions.." .

Je fais le contre-appel sur le numéro que me donne le samu, et je tombe sur son aide-ménagère qui me dit en substance qu'elle meme ne travaille pas le dimanche, mais qu'on lui a demander de venir, que la dame n'allait pas bien ces derniers temps, qu'ils s'attendaient à ce qu'elle meure.. mais que la semaine c'était plutôt bien passé.. qu'elle avait repris du "tonus". J'apprends en même temps que les enfants sont "loin" , avertis et qu'ils ont dit d'appeler le médecin.. et qu'ils veulent pas qu'elle soit hospitalisé.

C'est donc pas vraiment avec joie que je pars voir cette dame..  

 Petite maison dans un quartier du bled , un étage, feuillage qui prend la moitié de l'escalier, je me dis que ca va pas être facile pour les ambulanciers de passer en brancard.

Je tombe sur une petite dame, allongé sur son lit et se tenant le ventre. Qui me dit, en remettant en place son appareil auditif, qu'il faut je parle fort pour qu'elle puisse m'entendre.

Elle me dit qu'elle est allez à la selle à midi, qu'elle se met un suppo de glycérine tout les jours pour faciliter son transit, qu'elle a eu récemment un fécalome (un caca bien dur et coincé...) et qu'il y a longtemps (que diable, elle avait 40 ans) , on lui avait enlever son utérus (la fameuse totale).

 Je l'examine, lui retrouve un météorisme .. majeur (on peut presque jouer du tambour sur son ventre). Placide, elle m'indique les zones douloureuses : je sens qu'elle en dit peu, mais qu'elle a très mal sur le flanc droit.

Sa tension est bonne 130/70.

Je pense qu'elle est en sub-occlusion... soit une bride datant de sa précédente ouverture abdominale... soit un fécalome , soit "autre chose" mais pour ce que ca change...

Elle me dit, qu'elle est prête depuis longtemps (..faut comprendre.. à mourir), qu'elle ne veut pas qu'on s'acharne. 

Enfin d'éliminer le fécalome, je me résigne à lui faire le toucher rectal en esperant fortement en trouver un.. pour lui éviter cette hospitalisation qu'elle ne souhaite pas.

Pas de chance, son ampoule rectale est vide.. je pourrais pas lui faire le geste salvateur. Coup de bol , son infirmière passe , alerté par le voisinage. Devant la gentillesse de cette petite dame, je convainc le samu de la laisser en paix, qu'on allez tenter de la calmer au spasfon/primperan.. je sais bien que c'est un coup de poker et qu'elle risque d'y passer.. mais est-ce sensé que de l'hospitaliser de "force" ?

Pauvre petite dame..  je ne prie pas pour vous, je crois pas aux prières... mais je croise les doigts.

 

 
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